Passé composé :
réutilisation des lieux et des objets de l’époque Néolithique à l’âge du Bronze

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(communication presentée lors de l’assemblée annuelle de l’Association de recherche et d’étude des sites archéologiques comtois, février 2017)

L’étude du passé, historique ou archéologique, présuppose le plus souvent un découpage du temps préalable, par siècles ou périodes (pré)historiques, c’est-à-dire une grille prédéfinie dans laquelle sont répartis les objets, les événements et les récits. Les spécialités (ou les affinités) des savants se déclinent le plus souvent par période, mais cette optique chronologique – bien que fondamentale – peut obscurcir un point crucial : tout moment historique comprend des morceaux du passé, souvent dans des combinaisons hétéroclites, comme par exemple l’architecture disparate d’une ville historique.

Ce phénomène de temporalité multiple n’est pas seulement issu d’une survie mécanique, par inertie, d’objets, constructions et aménagements à travers les époques, mais il provient également du rapport qu’entretient toute société avec son passé. Il peut exister plusieurs raisons pour lesquelles les objets anciens ont été réemploies. Parfois on cherche des objets réutilisables ou l’on remploie des aménagements déjà construits, tel un vieux chemin ou un gué ; parfois on fréquente des lieux ou garde des objets anciens à cause d’une tradition, sans rapport avec une valeur fonctionnelle. Parfois, enfin, on cherche, on fouille dans le passé, poussé par une volonté qui s’explique aussi bien par la curiosité que par la vénération.

Plusieurs exemples de référencement symbolique du passé par le biais de la réutilisation ou de l’imitation des objets déjà anciens dans l’époque protohistorique ont été présentés lors de l’assemblée annuelle de l’ARESAC. Le cas peut-être le plus étonnant est celui de l’île d’Uist, dans les Hébrides écossaises : une équipe d’archéologues anglais ont mis au jour des cadavres (re)composés à partir des membres de plusieurs individus, morts à un siècle ou plus d’intervalle (la précision chronologique étant liée à la méthode du radiocarbone ; Parker Pearson 2016). Le cas de la réutilisation d’objets anciens a été illustré par le dépôt de Salisbury, au sud de l’Angleterre, où toute une panoplie d’objets de l’âge du Bronze a été retrouvée dans un dépôt du deuxième âge du Fer (Stead 1998). Enfin, la question de l’imitation a été discutée à partir d’un monument mégalithique fouillé dans le bassin de la Têt, à l’ouest de Perpignan, et daté du Bronze Moyen – soit plusieurs siècles après la disparition de la tradition mégalithique néolithique. Suivant l’hypothèse récente de Bec Drelon et al. (2014), les constructeurs de ce monument du Bronze Moyen ont copié les dolmens néolithiques qui peuplaient leur paysage.

La deuxième partie de l’exposé a présenté une étude en cours visant à contextualiser le rapport au passé dans les pratiques culturelles dans la zone de l’interfluve Seine-Yonne. Il s’agit en premier lieu des réoccupations, durant le Bronze Final, des tombes de type Passy et des grandes enceintes fossoyées néolithiques. Il apparait que la reprise des sites anciennement marqués par des constructions monumentales est systématique, ce qui mène à proposer que la réutilisation de ces lieux a été guidée par leur valeur symbolique plutôt que par opportunisme (c’est-à-dire pour des raisons purement fonctionnelles/logistiques). En second lieu, le rapport au passé est également étudié au travers des remplois d’objets du Néolithique, qui ont été documentés dans le mobilier funéraire de l’âge du Bronze. Cette étude permet de formuler l’hypothèse que les communautés du Bronze Final accordaient de la valeur aux traces anciennes, en l’occurrence néolithiques soit deux ou trois millénaires plus tard. Il reste à expliquer comment une telle connaissance du territoire a pu être développée – plutôt que transmise puisque de tels écarts temporels n’autorisent pas la survivance de la mémoire directe de ce qui était associé à ces structures et objets, sauf peut-être par bribes.

Bibliographie

Bec Drelon (N.), Recchia-Quiniou (J.), Peche-Quilichini (K.) 2014 : Construction et réutilisation des sépultures mégalithiques au Bronze Moyen entre Pyrénées et Cévennes. Poster présenté lors de colloque « Le Bronze moyen et l’origine du Bronze final en Europe occidentale, de la Méditerranée aux pays nordiques (XVIIème - XIIIème siècle av. J.-C.) », Strasbourg, juin 2014.

Parker Pearson (M) 2016 : From corpse to skeleton: dealing with the dead in prehistory. Bulletins et Mémoires de la Société d‘Anthropologie de Paris, 28 (1-2) pp. 4-16.

Stead (I.) 1998 : The Salisbury Hoard. Stroud, Tempus Publishing

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